Témoignage poignant de David Eboutou sur la situation sanitaire du Pr Gervais Mendo Ze
David Eboutou, activiste et militant des droits humains Ă©tait rĂ©cemment Ă la prison de Kondengui Ă YaoundĂ©, capitale politique du Cameroun oĂą il a rendu visite au Pr Gervais Mendo Ze, ancien directeur gĂ©nĂ©ral de la CRTV, Ă©crouĂ© depuis 2014.Il n’a pas lĂ©sinĂ© sur les moyens pour interpeller le chef de l’Etat du Cameroun.
L’intĂ©gralitĂ© de sa lettre en dessous
EXCELLENCE MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, SOUVENEZ-VOUS DU PROFESSEUR GERVAIS MENDO ZE…
J’Ă©tais une fois de plus au chevet du Professeur Gervais Mendo Ze cet après-midi dans ce centre hospitalier qui l’abrite depuis un peu plus d’un an. J’y vais au moins une fois toutes les deux semaines rendre visite Ă cet homme que j’ai davantage dĂ©couvert lors de cette proximitĂ© offerte par mon exil carcĂ©ral.
Cet après-midi, après avoir Ă©tĂ© Ă son chevet, j’en suis ressorti terriblement affectĂ©.
L’homme plein de vie que je connais a cedĂ© cette fois place Ă une sorte de gueux mĂ©connaissable. Le Professeur Gervais Mendo ZE fait Ă peine 45 kilogrammes. Il ne se lève plus,ne peut non plus s’assoir de lui-mĂŞme ni lever le coude pour prendre une gorgĂ©e d’eau. Il passe ses journĂ©es lĂ ,allongĂ© sur place ,avec une voix Ă peine audible.
En franchissant le seuil de sa porte cet après-midi, je l’ai vu se retourner avec tellement de peine pour me lancer : ” Eboutou ! Tu es lĂ ?”
Ă€ travers ma mine , il a dĂ» comprendre que j’Ă©tais triste de voir que sa situation n’avait rien de reluisante depuis la dernière fois. Dans sa volontĂ© de me rassurer,il va multiplier quelques questions sur mes projets littĂ©raires, mes perspectives après ma Thèse de Doctorat et pour finir,un bref exposĂ© sur ce qu’il en est de sa situation sanitaire aujourd’hui.Â
Je commence d’ailleurs par la fin en lui disant que ma petite famille et moi lui portons chaque jour dans nos prières. Il dit Merci trois fois en faisant,et ca se voit,des efforts surrĂ©alistes . Il perd ses forces!
Ă€ partir de lĂ ,je me dis intĂ©rieurement qu’il ne faille pas que je reste longtemps car ,il se sentirait obligĂ© de parler. Ce qui lui ferait gaspiller le peu d’Ă©nergies dont je vois bien qu’il fournit Ă travers un effort herculĂ©en pour me rĂ©pondre.
C’est Ă ce moment lĂ qu’il se retourne brusquement et me lance comme pour me sortir de cette divagation mĂ©ditative : ” Eboutou ! Sais tu que j’ai un Bacc D?”Â
Je lui rĂ©pond Ă©videmment par la nĂ©gative tout en manifestant ma surprise. Et le voici qui se met Ă me raconter comment, par un concours de circonstances, il s’est retrouvĂ© Ă Makak,au College sacrĂ© CĹ“ur ,simplement parce qu’il  n’y avait pas de sĂ©ries littĂ©raires Ă Makak Ă cette Ă©poque lĂ . Il rĂ©ussira son baccalaurĂ©at avec Mention.
Alors que je me demande pourquoi essaye t-il de m’Ă©vader, il revient Ă la charge comme s’il avait lu mes pensĂ©es pour me dire : ” Eboutou! Quand il ne nous reste plus rien, nous avons au moins notre mĂ©moire qui nous rappelle de petits tĂ©moignages de notre trajectoire, nous donnant par lĂ l’occasion d’en ĂŞtre fiers.”
Après cela, il s’endort brusquement. Je l’observe. Je regarde ce corps frĂŞle. Je me perd dans mes pensĂ©es et je revois ce tĂ©moignage de ma tante qui nous avait racontĂ© qu’un jour,elle Ă©tait allĂ©e voir le professeur alors DG de la Television Nationale pour l’aider Ă payer les pensions universitaires de ses deux fils. Je la revois entrain de me dire :” le Professeur avait payĂ© la pension de tes deux cousins et m’avait remis un petit quelque chose pour le capital de mon restaurant.”
Comme ce tĂ©moignage de ma tante,je ressasse dans mes pensĂ©es imaginaires toutes ces personnes que cet homme couchĂ© lĂ ,devant moi a eu dans sa vie professionnelle Ă aider. Ils sont  pour certains devenus aujourd’hui, de grands COMMIS de l’État. Ils ont tous oubliĂ© le professeur.
CouchĂ© lĂ , il ouvre les yeux et je le vois faire des signes du doigt au jeune garde malade qui est avec lui. Ce dernier a compris ce que le professeur a besoin. Il lui apporte son petit crucifix. Il l’accroche sur son cou et il est comme rassurĂ©.
J’en profite pour lui dire que je vais prendre congĂ© de lui et lĂ ,il me lance : ” Merci Eboutou! J’espère que tu me trouveras encore !”Â
On lui remet son drap,il plie ses pieds et appose sa main gauche sur sa joue et se rendort.Â
Ă€ ce moment lĂ , j’entends au fond de moi cette voix qui me dit :” Il faut que le President de la RĂ©publique autorise l’Ă©vacuation sanitaire de cet homme sinon,ce sera l’une des dernieres fois que je l’aurais vu.” Cette phrase continue de rĂ©sonner en moi au moment oĂą je rĂ©dige ces quelques mots. Je ne sais pourquoi, mais j’entends cette voix qui me l’ordonne.
En entrant chez moi il y’a quelques minutes, je n’ai eu d’autres choix que d’interpeller le cĂ´tĂ© humaniste du President de la RĂ©publique pour lui dire une seule phrase :
 ” Monsieur le PrĂ©sident de la RĂ©publique, souvenez vous du Professeur Gervais Mendo Ze “
Je sais que vous recevrez ce tĂ©moignage dans les prochaines heures,car les services d’intelligence qui dorment sur ma page Facebook vous le feront parvenir.Â
Considerez mon tĂ©moignage comme un cri de douleur et rĂ©agissez en soulageant la douleur de cet homme qui est votre frère et qui fĂ»t votre ancien collaborateur.Â
Et le Christ leur dit :” Que celui qui n’a jamais pĂ©chĂ© lui lance la première pierre…”
Je vous remercie.
David Eboutou

















