Le CL2P et la Culture de la Crise Permanente
En regardant le Café-Débat organisé à Paris samedi 08 septembre sur la crise anglophone au Cameroun, j’ai assisté à un défilé de militants politiques camerounais bien intentionnés, une session d’activistes typique qui aurait été indigne de commenter si elle n’avait pas produit une présentation dans le genre qui nous force parfois à nous demander si nous vivons tous sur la même planète.
En ce qui concerne l’état de la politique au Cameroun, le panéliste Jean-Bernard BIKIME a notamment mis en doute la capacité de la société civile et de l’intelligentsia camerounaise à imposer une résistance efficace et des changements majeurs en promouvant des conversations difficiles et des actions sociales radicales. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander si quelqu’un prêtait vraiment attention à son discours. En particulier, l’idée qu’il a défendue selon laquelle « Paul Biya fait partie du problème et de la solution ». Il s’agit simplement d’une forme de non-sens rhétorique dans un pays que Paul Biya considère comme une dystopie néo-féodale.
En effet il est vrai que chaque mouvement social est constitué d’individus qui se battent pas à pas pour la liberté. La plupart, sans visage et sans nom, qui les rendent anonyme et perdus dans l’histoire; et d’autres deviennent des icônes. La politique aime les héros. Le changement social a toujours généré de tels héros, mais la révolution a également besoin de personnes sans nom – celles qui luttent de manière anonyme pour obtenir une action collective et des résultats positifs.
Cependant, il existe aussi des formes de néo-colonialisme épistémologique qui se cachent derrière un discours voulu de motivation, prétendant se battre pour les droits civiques au Cameroun, mais travaillant en réalité à présenter les forces d’opposition au Cameroun comme une cause perdue (d’avance), tout en soulignant un idéal de perfection politique qui n’existe pas. Ces gardiens de ce statu quo totalitaire utilisent souvent une rhétorique rusée, savamment noyée dans des discours académiques dits neutres ou alors dans un activisme politique dit désintéressé tendant à soutenir l’idée d’une indispensable docilité de l’opposition en dictature. Le premier objectif visé ici est de laisser entendre la prétendue faiblesse intellectuelle et l’incompétence politique des mouvements sociaux au Cameroun, pour dévaluer et délégitimer les forces d’opposition et leur activisme sur le terrain, et ainsi naturaliser le régime de privatisation du pouvoir au Cameroun par le régime Biya.
Cette forme de perfidie est le fruit d’années de propagande contre les forces d’opposition maquillées sous le nom de «Maquisards», « Anglo-Bami Cabale et chevaux de Troie nigérians », «Prévaricateurs de la fortune publique», «Néo-Nazi Bulus et Associés», et maintenant «incompétence épistémologique et politique».
Les armes qui sont utilisées dans la crise actuelle sont des outils dont les dirigeants sont normalement censés utiliser pour protéger: c’est-à-dire les règles, informelles et formelles, qui devraient lier tout le monde. Les partisans du statu quo les brisent sur leurs genoux comme des queues de billard, toujours convaincus ou essayant de nous convaincre que quelqu’un d’autre l’a lancé. En attendant, la question de fond consistant à savoir ce que nous faisons pour parvenir à un meilleur gouvernement ne se pose jamais et ne leur posent jamais problème, si ce n’est pour décrier uniquement l’ opposition ou les oppositions.
Le CL2P fait sa part pour savoir comment lutter, non pas contre les individus, mais contre les collectifs nocifs à la démocratie, non seulement contre ce qui se passe sur la scène politique de Biya, animé par sa télévision des Mille Collines VISION 4; mais ce qui se passe également dans les rues, les tribunaux, et les couloirs du gouvernement à Yaoundé. Cette lutte pour l’égalité sociale est le but réel et principal du CL2P.
Par Olivier J. Tchouaffe, PhD, Porte-parole du CL2P
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English version
The CL2P and the Culture of Permanent Crisis
Watching the Anglophone meeting of Paris, I came to witness a parade of well-meaning Cameroonian’s political activists, a typical progressive cheerleading session that would have been unworthy of comment had it not produced from one participant the kind of head-spinning sound bite that makes one wonder if we’re all living on the same planet.
Discussing the state of politics in Cameroon, he lamented the civil society and the Cameroonian’s intelligentsia’s ability to impose effective resistance and major changes through the promotion of difficult conversations and radical social actions. I could not help wondering whether anyone was actually paying attention. Particularly, the idea that Paul Biya is part of the “problem and the solution.” This is simply a form of rhetorical non sense in a country runs by Paul Biya as a neo feudal dystopia.
It is true that every social movement is made up of individuals fighting step by step for freedom. Most, faceless and nameless, are lost to history; others become icons. Politics likes heroes. Social change, too, has always generated such figures, but it also needs the nameless—those who anonymously fight through the need for collective action.
However, there are forms of epistemological Neo-Colonialism draped as motivational speech and pretending to be fighting for civil rights in Cameroon but in fact working to present oppositional forces in Cameroon as lost cause while highlighting an ideal of political perfection that does not exist. The keepers of the status quo employ cunning rhetoric always draped in neutral academic discourses or disinterested political activism to support the idea of oppositional docility in the country. The first discourse is to note the so-called intellectual weakness and political incompetence of the social movements in Cameroon to devalue and delegitimize oppositional forces and their activism on the ground to naturalize the Biya’s regime privatization of power in Cameroon.
This form of perfidy is the fruition of years of delegimate oppositional forces of Cameroon, be it under the name of “Maquisards,” “Anglo-Bami Cabal and Nigerian Trojan horses,” “Embezzlers of the state’s coffers,” “Tribalism” and now “epistemological and political incompetence.”
What’s being weaponized in the current crisis are the tools that leaders are normally entrusted to protect: the rules, informal and formal, that should bind everyone. Partisans are breaking them over their knees like pool cues, ever confident that someone else started it. In the meantime, the question of what do we do to achieve better government is never raised except by the opposition being decried in the first place.
The CL2P does its share to address how to make the fight not about individuals but about collectives, and not about what happens on Biya’s stage political spectacle, such as Vision 4, but what happens in the streets, the courts, and the halls of government in Yaoundé. This struggle for social equality, the CL2P realizes, can only be waged everywhere.
By Olivier J. Tchouaffe, PhD, Spokesman of the CL2P

















