RĂ©cemment livrĂ© Ă un parquet du Tribunal criminel spĂ©cial (Tcs) qui Ă©prouvait de sĂ©rieuses difficultĂ©s Ă rassembler les preuves pour soutenir l’accusation, le dossier de l’ex ministre dĂ©lĂ©guĂ© Ă la prĂ©sidence de la RĂ©publique chargĂ© de la DĂ©fense, semble dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide.
AccusĂ©s, levez-vous ! PlacĂ© en dĂ©tention provisoire Ă la prison de Kondengui le 8 mars 2019 et renvoyĂ© le 26 aoĂ»t 2020 devant le Tribunal par l’ordonnance de renvoi du Juge d’instruction Jean Betea, Edgard Alain Mebe Ngo’o Ă©tait Ă la barre le 3 mai dernier. Et comme toujours, l’homme Ă©tait accompagnĂ© de son Ă©pouse et de trois autres personnes, pour les chefs d’accusation de : dĂ©tournement et complicitĂ©s d’un montant de 20.374.567.085 Fcfa ; violation du code des marchĂ©s publics dans la convention avec Polytechnologies ayant causĂ© Ă l’État le prĂ©judice d’un montant total de 196.800.000.000 Fcfa ; corruption et complicitĂ© ; prise d’un intĂ©rĂŞt dans un acte ; blanchiment aggravĂ© de capitaux et complicitĂ©s.
Comme annoncĂ© Ă l’audience du 30 avril, le ministère public a  continuĂ© avec la production des preuves d’accusations. Aux rangs de ces pièces Ă reverser au dossier, les procès-verbaux de perquisitions des domiciles et structures des Ă©poux Mebe Ngo’o, ainsi que la liste des titres fonciers des accusĂ©s, dĂ©jĂ listĂ©s dans l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction.
Investigations infructueuses
Ensuite, d’autres documents concernant la convention avec Polytechnologies ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s. Il s’agit entre autres d’un mĂ©morandum of understanding (Mou) ; un contrat commercial ; deux annexes au contrat ; un dĂ©cret habilitant le ministère de l’Economie, de la planification et de l’amĂ©nagement du territoire (Minepat) Ă signer la convention financière. Il n’est pas exagĂ©rĂ© de rappeler que depuis les audiences des 2 et 3 fĂ©vrier 2021, le ministère public, qui avait annoncĂ© dès le dĂ©part ne pas avoir Ă prĂ©senter des tĂ©moins pour asseoir ses accusations, a prĂ©sentĂ© les documents ci-après comme preuves des accusations :un ensemble de marchĂ©s spĂ©ciaux, une centaine de factures de la sociĂ©tĂ© limousine prestige services, le rĂ©sultat des commissions rogatoires internationales en France et en Belgique, les procès-verbaux d’auditions des accusĂ©s et de certains tĂ©moins de l’accusation Ă l’enquĂŞte prĂ©liminaire et Ă l’information judiciaire de mĂŞme que les procès-verbaux de perquisitions et les photos des domiciles des accusĂ©s Mboutou et Mbangue…
Un fait curieux pour le relever, en dehors des rĂ©sultats des commissions rogatoires internationales, tout ce qui a Ă©tĂ© produit par le ministère public vient de l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction. De quoi convoquer une pluie d’interrogations. Fallait-il attendre trois mois pour ressortir ce qui se trouvait dĂ©jĂ dans l’ordonnance ? Avait-on besoin de laisser autant de temps pour ne rien dĂ©voiler de particulier Ă la fin ? Faut-il en conclure que le dossier de l’ancien Mindef est dĂ©sespĂ©rĂ©ment vide ? Toutes choses qui laissent croire que d’autres investigations ont Ă©tĂ© menĂ©es mais se sont avĂ©rĂ©es infructueuses.
Réquisitions intermédiaires
Ă€ l’issue de la prĂ©sentation des documents du 3 mai dernier, le ministère public a annoncĂ© qu’il rendra les rĂ©quisitions intermĂ©diaires Ă la prochaine audience prĂ©vue le 10 mai 2021. Des indiscrĂ©tions glanĂ©es auprès des avocats, ceux-ci, stupĂ©faits, se demandent sur quelles bases ces rĂ©quisitions intermĂ©diaires porteront. En outre, sur quoi se posera l’intime conviction des juges pour se prononcer sur ces rĂ©quisitions intermĂ©diaires ? Surtout lorsqu’on sait que la dĂ©fense n’a pas eu l’occasion de rĂ©agir par rapport Ă tous les documents prĂ©sentĂ©s par le ministère public comme cela aurait dĂ» ĂŞtre le cas s’il y avait eu des tĂ©moins de l’accusation.
De mĂ©moire, c’est la première fois qu’une procĂ©dure est conduite au Tcs sans tĂ©moins de l’accusation. Depuis la Rome antique, la preuve testimoniale n’a-t-elle toujours pas Ă©tĂ© la reine des preuves ? Les avocats de la dĂ©fense espèrent nĂ©anmoins que les documents prĂ©sentĂ©s seront Ă©pluchĂ©s par la collĂ©gialitĂ© pour lui permettre d’asseoir son intime conviction et se prononcer sur les rĂ©quisitions intermĂ©diaires du ministère public, pour une poursuite saine de cette procĂ©dure qui gagnerait Ă rassurer une opinion qui demande une plus grande neutralitĂ© de la justice dans la conduite de l’opĂ©ration Epervier. Rendezvous le 10 mai !


















