Il y a quelques dĂ©cennies, la carrure d’un homme se mesurait Ă l’aune d’un certain nombre de valeurs, notamment la dignitĂ©, la sagesse, la probitĂ©, le courage, le respect, l’empathie, entre autres. Malheureusement, de nos jours, ces valeurs phares qui contribuaient Ă Ă©lever la condition humaine ont peu Ă peu foutu le camp dans notre pays. Nous voyons Ă©merger aujourd’hui une valeur suprĂŞme, devant laquelle s’effacent nos valeurs d’antan : L’ARGENT. Dans notre sociĂ©tĂ© actuelle, l’argent est au-dessus de tout, de tous, et fait la loi. Très peu de personnes rĂ©sistent Ă son pouvoir dĂ©vastateur ; presque tous sont Ă genoux, que dis-je, Ă plat ventre devant l’argent, Ă©levĂ© au rang de quasi divinitĂ©.
LES RAPPORTS INCESTUEUX ENTRE LE POUVOIR ET L’ARGENT.
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L’argent n’est plus un serviteur, il est devenu un maĂ®tre exigeant, impĂ©rieux. Dans la sphère politico-administrative, l’argent est roi : les nominations et autres promotions, les examens et concours, les prestations de services, sont monnayĂ©s au plus offrant. Le mĂ©rite la compĂ©tence n’ont plus de place devant le clientĂ©lisme et le pouvoir de l’argent. La mĂŞme dĂ©rive s’observe au niveau de nos sociĂ©tĂ©s traditionnelles ; le Chef, le notable n’est plus celui qui incarne les valeurs traditionnelles, mais celui qui a des diplĂ´mes, celui qui occupe un poste politique ou administratif important, et celui qui a de l’argent, peu importe sa moralitĂ© ou l’origine de sa fortune, car pour beaucoup, l’argent n’a pas d’odeur. Dans ces conditions, mĂŞmes les goujats et les malfrats sont portĂ©s aux nues, adulĂ©s par tous, uniquement parce qu’ils ont de l’argent et arrosent tout le monde.
Cette situation est l’aboutissement d’un processus d’asservissement orchestrĂ© par les sectes et les lobbies. Le stratagème consiste, dans un premier temps Ă affamer, appauvrir, crĂ©er volontairement le besoin auprès des victimes, citoyens lambdas, Ă©lites, intellectuels, responsables administratifs et politiques confondus. On les appâte avec de l’argent facile, on leur distille la pitance afin de les sauver de la disette ambiante. Beaucoup se laissent piĂ©ger et succombent Ă la tentation ; ils sont prĂŞts Ă jeter leur honneur et leur dignitĂ© aux orties, voir mĂŞme Ă vendre leur âme au diable pour continuer Ă bĂ©nĂ©ficier de la manne providentielle. Les victimes deviennent ainsi des objets manipulables Ă souhait entre les mains de ces prĂ©dateurs.
LE RETOUR DU BÂTON ET LA CHUTE.
Nous oublions, cependant, que l’argent est, non seulement un mauvais maĂ®tre, mais surtout un serviteur infidèle, volage, inconstant, qui peut nous lâcher Ă tout moment sans crier gare ! Il faut avoir une certaine hauteur d’esprit, une force de caractère, une grandeur d’âme pour garder la tĂŞte froide et ne pas disjoncter lorsqu’on possède le pouvoir et l’argent. Beaucoup deviennent arrogants, vaniteux, mĂ©prisants, tyrannique, se croient l’Ă©gal des dieux. Dans leur folie des grandeurs, certains impudents en viennent Ă s’attaquer imprudemment Ă leur crĂ©ateur, crachant ainsi dans la main qui les nourrit. Et c’est Ă ce moment qu’intervient la chute, aussi vertigineuse, aussi brutale qu’on est montĂ© très haut sur l’Ă©chelle sociale. La gloire, les louanges, la notoriĂ©tĂ©, la reconnaissance sociale disparaissent aussitĂ´t avec l’argent. Si le hĂ©ros dĂ©chu a privilĂ©giĂ© les relations intĂ©ressĂ©e basĂ©es sur le matĂ©riel au cours de son parcours, il se retrouve tout seul, avec sa famille proche et une petite poignĂ©e d’amis fidèles. Ainsi finissent ces prĂ©dateurs impĂ©nitents, brĂ»lĂ©s sur le bĂ»cher des vanitĂ©s.
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RETOUR NÉCESSAIRE AUX VRAIES VALEURS, POUR UN CAMEROUN NOUVEAU.
Nous interpellons ici les responsables qui prĂ©sideront aux destinĂ©es de notre pays demain : l’abandon de l’arbitraire, du favoritisme, du clientĂ©lisme et de la dictature de l’argent s’impose dans la gestion des affaires publiques ; de mĂŞme que la restauration des vraies valeurs de justice, d’Ă©quitĂ© ; de la juste rĂ©munĂ©ration de chacun selon son mĂ©rite et ses compĂ©tences ; le respect des institutions rĂ©publicaines aujourd’hui mises Ă mal par les rapports incestueux avec le pouvoir de l’argent.
Par Caroline Meva, écrivaine

















